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Tribune en faveur de Macron : voilà le retour des artistes engagés

Ce texte est extrait de mon dernier ouvrage "Variations satiriques"


Que de brillants talents qui ne peuvent s’empêcher de s’engager, autrement dit de l’ouvrir, pour asséner des leçons d’humanisme à cette populace qui ne comprend décidemment rien.

Un certain nombre de saltimbanques quelque peu embourgeoisés ont cette fâcheuse et contemporaine tendance à venir faire étalage de leur extra-lucidité sur des questions éminemment sociétales, en dehors des contraintes que leur impose leur art, par ailleurs plus ou moins maîtrisé.


D’autres, parmi les plus célèbres, se laissent facilement aller à des coups de sang volontiers médiatiques, notoriété oblige, pour dénoncer, condamner, sensibiliser avec une conviction bien vite dissipée dans la mondanité du lendemain. L’aveuglement de la plèbe est à ce point problématique que l’artiste se sent obligé de gribouiller la tribune pour le canard à grand tirage, ou de jacasser sur le devant de la scène, au nom d’une idée assez répandue depuis un certain temps : le créatif serait doté d’une acuité supérieure à celle du quidam. Ce qui, du reste, est probablement exact. Il lui reviendrait alors, peut-être depuis le J’accuse ou le Guernica, d’ouvrir les yeux des imbéciles incultes, mal-informés ou aveuglés par une ignorance crasse, en caquetant son indignation sur telle situation inacceptable, ce qui est toujours une bonne occasion d’affirmer une supériorité sur ceux qui ne voient rien. Ou qui voient, mais n’ont pas, eux, la grossièreté d’épandre une indignation stérile et encore moins l’audience pour le faire.


Certains troubadours, scribouillards ou théâtreux s’affichent même aux côtés de ceux qui ont quelques prétentions au trône, pour les accompagner dans leurs concerts de pipeau, pensant toujours peser de tout leur poids et faire pencher la balance en faveur du camp du bien. Il est alors amusant de constater que la bohème mal peignée et débraillée puisse ranger si vite sa rafraîchissante désinvolture, sa poésie critique ou son cynisme excentrique, et arborer subitement une mine concernée, voire consternée, pour se mettre au service de la clique des politiciens en complets-vestons. Insulte suprême à l’Art qui, pensais-je naïvement, ne pouvait être que libertaire.


Je m’étonnerai toujours du crédit apporté aux discours orientés et aux interventions extra-artistiques de ces créatifs engagés. Lesquels n’ont en réalité pas plus de compétence, en dehors de leur discipline, que leurs clients adorateurs, mais se croient légitimes à s’indigner bruyamment au nom d’un humanisme ou d’une lucidité dont ils seraient les seuls dépositaires, par le fait-même qu’ils sont artistes. Ces travailleurs du sensible aiment à rappeler avec un air supérieur qu'ils utilisent de nobles matières premières comme l’émotion et l’intuition, et qu'ils sont, du coup bien à l’abri, soi-disant, de toutes considérations gestionnaire ou rationnelle. Ils en viennent alors à confondre autorité et notoriété, croyant faire preuve de la première, alors qu’ils mésusent de la seconde : leur opinion, qu’ils imaginent probablement plus valable que celle des petites gens, ne vaut finalement pas mieux que celle de quiconque.


Ainsi, je ne saurai trop conseiller à ces fantaisistes de moins s’engager dans l’ébruitement pénible et médiatique de leur indignation, mais plus encore dans leur fantaisie, et de suivre l’exemple de ces quelques silencieux, qui font pourtant résonner leur talent en se concentrant avec passion et abnégation sur ce qu’ils savent faire : l’Art.


Ou d’écrire leurs futilités, comme je le fais moi-même.

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